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Entretien de parcours professionnel : le mettre en œuvre et le suivre dans votre SIRH
La loi du 24 octobre 2025 remplace l'entretien professionnel par l'entretien de parcours professionnel : un cycle à 1, 4 et 8 ans, des entretiens de mi-carrière et de fin de carrière, des retours d'absence à ne pas manquer, un écrit à remettre et un bilan qui peut coûter 3 000 € par salarié. Aucun SIRH ne livre cette obligation prête à l'emploi. Voici comment la cadrer, puis la paramétrer pour qu'aucune échéance ne passe.
Ce que dit la loi, en pratique
La loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025, complétée par le décret n° 2026-39 du 28 janvier 2026, réécrit l'article L. 6315-1 du Code du travail. L'entretien professionnel devient l'entretien de parcours professionnel, et son calendrier change.
Les six événements qui déclenchent un entretien ou un bilan
| Événement | Échéance | Ce que le SIRH doit connaître |
|---|---|---|
| Embauche | Premier entretien dans l'année qui suit | Date d'entrée |
| Cycle courant | Un entretien tous les 4 ans | Date du dernier entretien réalisé |
| Bilan récapitulatif | Tous les 8 ans d'ancienneté, en années révolues | Ancienneté, entretiens et formations de la période |
| Retour d'absence | Proposé à la reprise après congé de maternité ou d'adoption, congé parental, sabbatique, de proche aidant, arrêt longue maladie ou mandat syndical, si aucun entretien dans les 12 mois précédents | Dates et motifs d'absence, date du dernier entretien |
| Mi-carrière | Dans les 2 mois qui suivent la visite médicale de mi-carrière (année civile des 45 ans) | Date de naissance, date de la visite |
| Fin de carrière | Le premier entretien dans les 2 ans qui précèdent les 60 ans aborde le maintien dans l'emploi et les aménagements | Date de naissance |
Sur le fond, l'entretien ne porte pas sur l'évaluation du travail. Il traite des compétences et qualifications mobilisées dans l'emploi et de leur évolution possible, des souhaits d'évolution et de mobilité, interne ou externe, des besoins de formation au-delà du plan de développement des compétences, de la validation des acquis, du bilan de compétences et de la période de reconversion, de l'activation du CPF et, s'il y a lieu, de l'adaptation du poste et de la prévention de l'usure professionnelle. Il se tient sur le temps de travail, par le supérieur hiérarchique ou un représentant de la direction, et donne lieu à un document dont une copie est remise au salarié.
Le bilan à huit ans vérifie que les entretiens ont eu lieu et que le salarié a suivi au moins une formation autre que celles obligatoires, acquis des éléments de certification ou bénéficié d'une progression salariale ou professionnelle. Dans les entreprises d'au moins 50 salariés, si les entretiens manquent et qu'aucune formation non obligatoire n'a été suivie, l'employeur abonde le CPF du salarié de 3 000 €. Les accords collectifs peuvent raccourcir les périodicités, jamais les allonger ; ceux fondés sur l'ancien rythme devaient être mis en conformité avant le 1er octobre 2026.
Cadrer avant de paramétrer
Un outil ne règle pas une règle que l'on n'a pas écrite. Six décisions à prendre avec la direction des ressources humaines, et à consigner, avant d'ouvrir le SIRH.
- La date d'ancrage. Pour les nouveaux embauchés, la date d'entrée. Pour les salariés en poste, la date du dernier entretien réalisé, et non la date du jour : c'est elle qui fixe l'échéance des quatre ans. Écrivez la règle pour les cas limites : mutation intragroupe, transfert d'entreprise, changement de contrat.
- Le rythme retenu. La loi fixe un maximum ; votre accord peut prévoir plus fréquent. Beaucoup d'entreprises gardent un point de parcours tous les deux ans pour les populations sensibles, et l'entretien légal tous les quatre ans.
- Qui conduit. Le manager, formé, dans la plupart des cas ; la fonction RH pour les retours d'absence longs et les situations délicates. Le SIRH doit savoir affecter l'entretien à l'une ou l'autre.
- La convocation. Aucun délai légal dans le secteur privé ; dix à quinze jours est la pratique, sous réserve de votre convention collective. Elle indique la date, le lieu ou le lien, l'interlocuteur et l'objet, rappelle que l'entretien n'est pas une évaluation, et joint la trame, le dernier compte rendu et la fiche de poste.
- La remise de l'écrit. La signature du salarié n'est pas obligatoire, la preuve de remise l'est en pratique : signature électronique, accusé de lecture dans le SIRH ou courriel conservé. Le refus de signer se mentionne.
- La conservation. Au moins la durée d'un cycle de bilan, huit ans, et de préférence toute la relation de travail : c'est au bilan, et en cas de litige, que l'on vous demandera les comptes rendus.
La trame : une seule, avec des volets conditionnels
Plutôt que quatre formulaires, une trame unique dont certaines sections n'apparaissent que lorsque l'événement le justifie. C'est plus simple à maintenir et le reporting reste homogène.
- Situation actuelle : emploi, compétences et qualifications mobilisées, ce qui a changé dans le poste.
- Parcours depuis le dernier entretien : formations suivies, certifications obtenues, évolutions de poste ou de rémunération. Ces trois lignes alimentent directement le bilan à huit ans.
- Souhaits d'évolution : mobilité interne ou externe, reconversion, VAE, bilan de compétences, période de reconversion. Sous forme de listes fermées, pour pouvoir les compter, complétées d'un champ libre.
- Besoins de formation et plan d'actions : quatre colonnes, action, responsable, échéance, suivi. Chaque ligne doit pouvoir devenir une demande de formation dans le plan.
- Information du salarié : CPF, conseil en évolution professionnelle, VAE, case à cocher datée.
- Conditions de travail (si lieu, obligatoire à mi-carrière) : adaptation ou aménagement du poste, prévention de l'usure.
- Volet fin de carrière (dans les deux ans précédant 60 ans) : maintien dans l'emploi, retraite progressive, temps partiel, transmission.
- Volet retour d'absence : reprise, besoins d'adaptation, actualisation des compétences.
- Clôture : date, participants, remise de la copie, signatures ou mention du refus.
Paramétrer le SIRH en sept points
1. Le référentiel des dates, par salarié
Tout part de quatre dates portées sur la fiche du salarié : date d'entrée, date du dernier entretien de parcours, date du dernier bilan, date de naissance. S'y ajoutent les absences avec leur motif, en général déjà présentes dans la gestion des temps ou la paie. Si ces dates vivent dans un outil et les entretiens dans un autre, c'est l'interface entre les deux qu'il faut sécuriser en premier.
2. Les règles de déclenchement
Une tâche automatique crée l'entretien à J-90 de l'échéance et alerte le manager, puis la fonction RH à J-30 si rien n'est planifié. Les retours d'absence se déclenchent à la date de reprise, la mi-carrière à la date de la visite médicale, la fin de carrière à 58 ans. Le bilan se crée à huit ans révolus et pré-remplit la période écoulée.
3. Fil de l'eau ou campagne ?
Une campagne annuelle unique génère des entretiens hors délai pour tous ceux dont l'échéance tombe avant. Le compromis qui tient : une fenêtre annuelle pour les entretiens dont l'échéance tombe dans l'année, lancée assez tôt pour que le plus ancien reste dans les délais, et un fil de l'eau pour les retours d'absence et les embauches.
4. Le formulaire
Sections conditionnelles selon le type d'événement, listes fermées pour tout ce qui doit être compté, champs libres pour le reste, préparation par le salarié avant l'entretien, et un bloc d'information CPF et CEP daté. Un formulaire distinct de l'entretien annuel, même si les deux se tiennent le même jour.
5. Le circuit
Création, convocation générée depuis l'outil avec les pièces jointes, préparation, entretien, compte rendu, remise au salarié avec signature électronique ou accusé de lecture, clôture. Chaque étape a un statut et une date, c'est ce qui rend le reporting possible et la preuve disponible.
6. Le lien avec la formation
Une ligne du plan d'actions doit pouvoir devenir une demande dans le plan de développement des compétences, puis une inscription dans le LMS, sans ressaisie. À l'inverse, les formations réalisées, obligatoires ou non, doivent remonter dans la section « parcours » de l'entretien suivant et dans le bilan à huit ans, avec la distinction qui compte pour l'abondement.
7. L'historique et les droits d'accès
Reprenez au minimum les dates des anciens entretiens professionnels et les comptes rendus en pièces jointes, faute de quoi les premières échéances seront fausses. Puis réglez qui voit quoi : le salarié son dossier, le manager son équipe, la fonction RH son périmètre. Les souhaits de mobilité externe ou de reconversion sont des données sensibles pour la relation de travail.
Les indicateurs qui tiennent la promesse
Six indicateurs à afficher sur le tableau de bord RH
| Indicateur | Ce qu'il dit |
|---|---|
| Taux de réalisation à l'échéance | Entretiens clos avant la date due, par équipe et par site |
| Entretiens en retard | Échéance dépassée sans compte rendu clos, avec le nombre de jours |
| Retours d'absence couverts | Reprises éligibles avec entretien proposé dans le mois |
| Mi-carrière et fin de carrière | Salariés de 45 et de 58 ans avec entretien dédié réalisé |
| Bilans dus à 12 mois | Salariés dont le bilan récapitulatif tombe dans l'année |
| Exposition à l'abondement | Entreprises de 50 salariés et plus : salariés sans entretien ni formation non obligatoire sur la période |
Les pièges à éviter
- Lancer une campagne sans règle par salarié. Elle produit des entretiens en retard et des entretiens inutiles.
- Fondre l'entretien de parcours dans l'entretien annuel. Un seul formulaire, et l'écrit remis ne vaut plus pour l'obligation.
- Oublier les retours d'absence. Ils n'ont pas de campagne ; seul un déclencheur sur la date de reprise les attrape.
- Ne pas tracer la remise. Un compte rendu existe, personne ne peut prouver qu'il a été remis.
- Compter les formations obligatoires dans le bilan. Elles ne protègent pas de l'abondement.
- Laisser courir un accord sur l'ancien rythme. Depuis le 1er octobre 2026, c'est la loi qui s'applique.
Ce que vous y gagnez
Questions fréquentes
L'entretien annuel d'évaluation peut-il remplacer l'entretien de parcours ?
Non. La loi précise que l'entretien de parcours ne porte pas sur l'évaluation du travail du salarié. Les deux peuvent se tenir le même jour, mais avec deux trames et deux comptes rendus distincts, et un formulaire séparé dans le SIRH.
Comment traiter les salariés déjà en poste ?
Partez de la date du dernier entretien professionnel réalisé pour chacun : le prochain entretien de parcours est dû quatre ans après, et le bilan récapitulatif tous les huit ans d'ancienneté. Un accord d'entreprise ou de branche peut raccourcir ces délais, jamais les allonger ; ceux fondés sur l'ancien rythme devaient être mis en conformité avant le 1er octobre 2026.
Qui peut conduire l'entretien ?
Le supérieur hiérarchique ou un représentant de la direction, sur le temps de travail. Dans la plupart des organisations, le manager conduit l'entretien et la fonction RH contrôle les échéances, la qualité des comptes rendus et le suivi du plan d'actions.
La signature du salarié est-elle obligatoire ?
Non. L'obligation est de rédiger un document et d'en remettre une copie au salarié. En revanche, il faut pouvoir prouver cette remise : signature électronique, accusé de réception dans le SIRH ou courriel d'envoi conservé. Un refus de signer se mentionne sur le document.
Que vérifie le bilan à huit ans, et que risque l'entreprise ?
Il vérifie que le salarié a bien eu ses entretiens de parcours et qu'il a suivi au moins une formation autre que celles obligatoires, obtenu des éléments de certification ou bénéficié d'une progression. Dans les entreprises d'au moins 50 salariés, si les entretiens n'ont pas eu lieu et qu'aucune formation non obligatoire n'a été suivie, l'employeur abonde le CPF du salarié de 3 000 €.
Par où commencer
Sortez la liste de vos salariés avec trois colonnes : date d'entrée, date du dernier entretien professionnel, date de naissance. Ce que vous n'arrivez pas à remplir est exactement ce que le SIRH ne saura pas déclencher. Pour cadrer les règles ou paramétrer votre outil, parlons-en.
Sources : Légifrance (article L. 6315-1 du Code du travail, loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025, décret n° 2026-39 du 28 janvier 2026), questions-réponses du ministère du Travail sur l'entretien professionnel, presse RH et juridique spécialisée. Cet article est une synthèse d'information, pas un avis juridique : reportez-vous aux textes en vigueur et à votre convention collective.
Pour aller plus loin
- Actualité RH : les autres changements d'ici la fin de l'année.
- Formations obligatoires : tenir le registre qui alimente le bilan.
- Expertise Cornerstone : entretiens, compétences et formation dans une même suite.
Parlons de votre projet.
Un premier échange de 30 minutes suffit souvent à y voir clair : périmètre, calendrier réaliste, points de vigilance. Sans engagement.